Eldorado 51
Seule, elle puise au fond d’elle-même les ressources pour ne pas abandonner : la haine la tient en vie.
Il y a onze ans, un couple de français et leur gamin ont débarqué au bord de la piste du Transchaco, au kilomètre 51, ils survivent en faisant de l’élevage. Leur entreprise est loin d’être une réussite. Face au désolement, aux déboires successifs, les trois personnages réagissent différemment : silence et folie pour le père, violence du fils et lucidité impitoyable de la mère. La rage au ventre, les regrets amers, elle affronte les deux hommes de sa vie : un mari brisé et un fils qu’elle renie. Dans la plaine désespérément vide, l’amour enfui laisse place au combat. Sous le ciel nocturne d’une extraordinaire beauté dans cet hémisphère, résonnent les notes d’un drame en huit clos.
Quelques brèves lueurs dans ce récit : la beauté sauvage de la nature, une amitié, les indiens libres et fiers.
Cette œuvre est celle du désenchantement face à la débâcle d’un pays, la misère des bidonvilles, l’échec, l’indignité des hommes, la dictature sud-américaine.
À l’aide de phrases assassines, de mots qui tombent comme des couperets, Marc Trillard dépeint ces colons venus du bout du monde chercher un eldorado, piétinant irrespectueusement les terres des indiens guaranis.
Mais l’auteur a beau imprégner son histoire de pessimisme, il ne peut s’empêcher d’extraire des moments de beauté d’autant plus magnifiques.
Son récit, d’une rare fulgurance, nous laisse le souffle court, confrontant le lecteur à la violence de la nature et des hommes.
Et toujours le même espoir, le seul qui subsiste quand l’amour n’est plus : partir…
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