Le maté, histoire d'une boisson typiquement sudaméricaine

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Elle est fabriquée avec des extraits d'une plante sauvage qui pousse dans la région du Río de la Plata : l'ilex paraguariensis. Il semble que sa consommation date de la période précoloniale, mais c'est l'arrivée des colons espagnols et portugais qui va engendrer sa production à une échelle plus grande, à des fins commerciales, et qui va donc permettre sa diffusion à travers le continent et même aujourd'hui un peu partout dans le monde. L’image contemporaine célèbre est celle du « gaucho » (prononcer « gaoutcho »), issu du métissage entre population indigène et colons espagnols, grand consommateur de maté, qui vit de la chasse sur son cheval dans la pampa argentine.
L'ilex paraguariensis est à l'origine une plante sauvage. Moulue en poudre,celle-ci donne la « yerba mate », prête à être consommée. Les Espagnols la virent la première fois sous cet aspect moulu, ainsi ils lui donnent le nom de « yerba ». Maté vient du terme « mati », de la langue quechua (langue indigène parlée au Pérou, en Bolivie et en Equateur). Le mot « maté » désigne à la fois la boisson et le récipient dans lequel on met la yerba, réalisé avec la calebasse de la plante. A l'aide d'une bombilla, une paille filtrante, on aspire l'infusion réalisée avec de l'eau chaude.

Le maté se consomme en groupe. C'est une boisson sociale. Il implique un partage, un échange. D'après les témoignages, ce sont les indiens Guaranis qui sont les premières populations à en consommer. Pour les indigènes, la yerba a un très fort contenu rituel. Son nom d'origine est « ca'a », qui veut dire la plante. Les versions diffèrent concernant l'origine de la consommation de celle-ci. Deux récits de référence peuvent nous aider à y voir un peu plus clair.

L' écrit d' un ecclésiastique, le père Lozano, au XVIIIème siècle, conte la manière dont Saint Thomas, partant du Brésil avec pour objectif d'évangéliser les populations indigènes, va jusqu'à Mbaracayu, région au nord-ouest d'Asunción au Paraguay et découvre des forêts de yerba. Il nous conte également la légende de l'action bienfaisante de Saint Thomas, qui aurait inspiré le rite « religieux » consistant à griller l'herbe avant l'usage. En la faisant griller il aurait montré aux indigènes comment la plante perd sa « nocivité originelle ». Une autre version contestée par le père Lozano et écrite par Gaspar de Escalona de Agüero, un siècle auparavant, affirme que c'est Saint Bartolomé qui découvrit la plante et la montra aux indigènes.

Il semble toutefois vraisemblable, d'après un certain nombre de témoignages que l'usage est primitif et antérieur à l'arrivée des colons. La consommation du maté aurait eu un contenu rituel et cérémonial, comme moyen de divination, pour confirmer une union matrimoniale ou encore pour souhaiter la bienvenue à une personne respectée.

Ce n'est cependant pas l'aspect rituel et religieux qui a fait se diffuser la boisson, mais plutôt le commerce, dirigé par les colons à la tête de terres agricoles sur lesquelles sont exploités les Indiens. La consommation, perdant de son côté sacré, est étendue à d'autres secteurs indigènes puis à la population métis. La yerba mate, dès le début de la conquête va être un produit déterminant dans les rapports entre les colonisateurs blancs et la population indigène.

Les premières traces écrites à notre disposition, certifiant la récolte de la yerba mate, sont issues de la région de Guayra, à l'est du village de Mbaracayu et d'Asunción dans l'actuel Paraguay, et datent des années 1570. Mbaracayu sera jusqu'en 1676 le centre de l'activité productrice qui tourne autour de la yerba. Le phénomène de réception des éléments de la culture indigène par les espagnols semble s'être produit tôt chez les communautés blanches et métis d'Asunción et de Guayra. La cause en est vraisemblablement l'intense métissage qui s'est produit dans cette région.

A la fin du XVIème siècle, certains blancs consomment la yerba et même adoptent parfois un certain contenu rituel. Les chrétiens (espagnols) impliqués fortement dans la religion ont un regard très critique sur ces pratiques qu'ils jugent incompatibles avec leurs traditions. Celles-ci vont notamment à l'encontre des règles du jeûne. Des décrets condamnent les consommateurs dès la fin du XVIème siècle mais sans grande efficacité.

C'est également la rentabilité de la production de ce produit qui a généré son extension depuis la zone initiale. La consommation rituelle s'étend après la conquête des terres d'Amérique du sud, dans un vaste espace dont la zone centrale se trouve aux alentours d'Asunción et dans l'aire du Río de la Plata. Dans ce secteur contrôlé par des missions jésuites, le régime de production est plus souple et les Indiens y sont exploités moins durement. Mais en dehors de Buenos Aires et de Cordoba, la zone autour d’Asunción est composée de bourgades pauvres. Les véritables débouchés commerciaux sont les régions reliées à des centres miniers (Alto Peru, Chili et leurs marchés intermédiaires), du moins au XVIème et XVIIème siècle. Au début du XVIIème siècle la consommation du maté s'étend aux provinces du Paraguay et de Tucuman. L'accroissement est constant. Des hypothèses envisagent déjà sa présence à Santiago du Chili. Par ailleurs, dès les années 1520, le produit est connu en Espagne, dans les cercles les plus informés. Le produit s'étend sans distinctions sociales ni ethniques à partir du marché local d'Asunción.

La diffusion de la yerba mate s'est faite par voie fluviale, la voie de communication principale. La région est entièrement sillonnée de fleuves et c'est le moyen le plus utilisé pour des raisons d'économie. Les fleuves les plus traversés sont les fleuves Parana et Uruguay. Par la terre, les routes commerciales traversent les bois du nord, les montagnes et les vallées péruviennes ainsi que la pampa argentine. Les transports se font par des charrettes jusqu'à la moitié du XVIIème siècle, dans de larges caravanes ou à dos de mule.

Culture issue des rites primitifs des populations indigènes de la zone du Río de la Plata, le Maté se diffuse, si l’on peut dire, avec l'arrivée des colonies européennes qui organisent sa diffusion, par l’intermédiaire d’échanges commerciaux, à l'échelle régionale puis continentale, ceci en usant d’un système fluvial important qui facilite le transport de la marchandise. Aujourd'hui la consommation du maté est devenue quotidienne dans une bonne partie de l’Amérique latine, essentiellement dans la région du Cône sud. En outre, cette pratique est transversale à toutes les catégories sociales.

Le rite originaire s'est effacé derrière un phénomène qui a pris de l'ampleur. Le produit est même commercialisé en Europe et ses vertus énergétiques ont suscité un certain intérêt. Cependant une certaine tradition a été conservée sur son continent d'origine où le maté est toujours symbole d'amitié, de partage et représente une façon d'accueillir les gens auxquels on souhaite montrer notre affection.

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