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Janvier 2006
Premières impressions
ix jours seulement et tant d'émotions vécues !!
Je suis arrivé par une nuit pluvieuse à l'aéroport d'El Alto. Après 20 heures de voyage et à près de 3700m d'altitude, c'est le souffle court que j'ai trouvé le sommeil dans mon lit de l'hôtel Cactus à La Paz. Je ne réalisais pas encore…
Le lendemain matin, j'ai croisé dans le hall du Cactus Marie et Nathalie, les deux demoiselles françaises avec qui on allait commencer à travailler pour Warita, une association qui met en place des projets de développement avec les paysans de quatre communautés andines au Sud de La Paz : Cumbre Vilacota, Challa, Chocata et Tacora. Nous y reviendrons un peu plus tard.

À gauche, c'est Marie, diplômée d'une école de commerce ; elle va coordonner la construction de serres dans les villages. À droite, c'est Nathalie, psychomotricienne (psychomot' comme on dit dans le milieu du travail social !) ; elle met en place des salles de jeux pour les chtis.
Avant de filer pour les communautés, on a eu de longues discussions qui nous ont permis de bien faire connaissance. On a aussi partagé des moments intenses, comme cette soirée à la peña Puerta del Sol. Une peña, c'est un lieu où les habitants de La Paz viennent s'éclater sur de la musique traditionnelle des Andes, " musica nacional " comme on appelle ça en Bolivie. Bien que n'étant pas exactement de la Paz, Marie, Nathalie et moi nous sommes bien amusés quand même !! On a dansé comme des fous au son des Morenadas, Cuecas et autres Sayas. Pour couronner le tout, deux groupes phares de la musica nacional étaient là, Norte Potosi et Jacha Mallku. Énorme !! Et comme l'effort ça creuse, on s'est rafraîchit à grand renfort de Paceña, une bonne bière blonde du coin.

Après quelques heures de danse, à plus de 2 heures du matin, nous voilà posant avec Nathalie et son courtisan d'un soir, exhibant d'affreuses bondieuseries… J'ai réalisé ça le lendemain.

Jacha Mallku, ce sont ces 6 mecs cachés sous leurs chapeaux et leurs ponchos sombres qui jouent une musique très traditionnelle, souvent mélancolique, mais toujours bien dansante. Je vous les recommande chaudement pour vos fêtes et soirées de mariage !!
Balades urbaines
Les jours suivants ont été mis à profit pour se balader à La Paz et El Alto.
La calle Max Paredes, cœur du quartier marchand de La Paz, est toujours un endroit où il fait bon se promener à la recherche d'animation, de belles images et de bonnes affaires. Avec Marie et Nathalie, nous y avons fait quelques achats en vue des jours à venir dans les villages.

La calle Max Paredes
La feria d'El Alto, immense foire qui envahit deux fois par semaine le quartier 16 de Julio de cette ville perchée à plus de 4000m est elle aussi un endroit unique pour vibrer au rythme de la Bolivie. Plein de délicieuses gargottes y servent les plats les plus représentatifs de la cuisine altiplanesque, et notamment le chairo, épais bouillon à base de quinoa, pomme de terre, chuño (pomme de terre déshydratée grâce aux efforts conjugués des gelées de l'Altiplano et des pieds des campesinos), carotte et d'autres bons ingrédients encore.

La feria d'El Alto
J'ai aussi entre autres choses trouvé un boulot dans un café de La Paz où se croisent les voyageurs et les artesanos venus d'un peu partout : le Sol y Luna, calle Murillo. L'Alliance Française peut également s'avérer être un bon endroit pour bosser les fins de semaines.
Dimanche, nous avons pris la route pour Cumbre Vilacota, le village où siège l'association qui est aussi le plus haut des 4, à plus de 4200m. C'est là que nous habitons avec Marie et Nathalie et c'est de là qu'est originaire Roberto, le coordinateur de l'association. Il fait bon démarrer doucement quand on arrive là-bas !

Voyez donc…
Voilà le cadre général : un petit village d'habitat groupé, coincé entre les derniers bourrelets de l'Altiplano à droite (vers l'Ouest) et les profondes vallées qui filent vers le Bassin Amazonien à gauche (vers l'Est). Les cultures se trouvent en contrebas, justement sur des pentes fortes, voire effrayantes !
L'association Warita
Les domaines dans lesquels intervient Warita sont l'agriculture (construction de serres, formations, lutte contre l'érosion, achat de semences), l'éducation : des ateliers divers sont proposés aux enfants comme actuellement une salle de jeux à Cumbre Vilacota. Par son métier et ses qualités humaines, Nathalie fait bien plus que jouer avec les enfants du village. Elle contribue à créer un espace d'échange et de respect qui à court terme devra être géré par les jeunes habitants. L'artisanat enfin où tout reste à faire. En collaboration avec les personnes du village intéressées, majoritairement des femmes, l'objectif est de monter une coopérative d'artisanat textile afin d'améliorer les revenus, perpétuer un savoir-faire qui tend à s'oublier et créer un lieu ou les femmes pourraient aussi avoir accès à la culture et à l'éducation.
Le lendemain de notre arrivée avait lieu la réunion mensuelle du village à laquelle nous avons participé activement, présentant et discutant les différents projets de l'asso.
Ces quelques jours dans le campo m'ont aussi permis de retrouver mes deux filleules, Liset et Aïda, toutes les deux agées de 2 ans et demi et que je parraine depuis mon premier voyage il y a 1 an et demi . La première habite Cumbre Vilacota.

C'est une petite timide, fille de Myriam, une jeune femme vive et très drôle et de Benito, plus effacé, secrétaire général de la communauté. Ce poste constitue la plus importante autorité de la communauté. Le secrétaire général change chaque année, étant tour à tour confié à l'un des chefs de familles.
Aïda habita Chocata, une communauté distante de 4h de marche environ de Cumbre. Chocata ne possède pas de pueblo ou village. Elle est constituée de trois hameaux épars, situés entre 3500 et 4000m. Marchant de l'un à l'autre, je pense aux enfants qui doivent faire des trajets pas possibles pour aller user leurs culottes sur les petites chaises colorées de l'école. Aïda donc est sociable et n'a pas hésité à lâcher quelques adorables petits mots en ma présence. Elle semblait particulièrement intéressée par les images qui apparaissaient au dos de l'appareil photo.
Ses deux parents, German et Vicky sont jeunes, environ 20 ans, et viennent d'avoir un fils, âgé d'un mois et qui n'a pas encore de nom… Ils vivent une petite case aux murs d'adobe et au toit de paille et ils dégagent quelque chose de très sain.

De retour à La Paz, une bonne nuit s'annonce, au chaud, avant d'enchaîner sur une fin de semaine active : Warita, le Sol y Luna, les cours d'instruments à vent (il faut bien !!)…
À suivre…
Deuxième partie du voyage
Après un peu plus d'un mois passé à graviter à La Paz et alentours, je crois que la vitesse de croisière a été atteinte… Le surrégime ne devant pas être bien loin…
Une fois encore, c'est fraîchement rentré à la ville que je prends le clavier. Loin des retours en bus au confort précaire bien qu'appréciable, le trajet d'Isquiliani à La Paz a cette fois été des plus mouvementés. Je pense que quelques lignes d'explications s'imposent avant de passer au plat de résistance…
Isquiliani est situé à quelques 100 petits kilomètres de La Paz. À partir du village, il faut parcourir environ 25 kilomètres sur une piste cahoteuse en légère descente pour rejoindre Ayo-Ayo, bourg altiplanesque assoupi au bord de la route asphaltée qui rejoint La Paz. Habituellement, c'est en minibus ou en camion que se fait le trajet, sauf que ces 2 dernières semaines, j'ai choisi de parcourir la partie cahoteuse a bicyclèèèèètteuuu !!!. Par temps sec, ça se fait plutôt bien car l'essentiel du parcours est en descente, hormis quelques côtes insignifiantes. Par temps humide, c'est une autre histoire…
Je quitte donc le village sifflotant, par un doux soleil jouant à cache-cache avec quelques cumulonimbus apportant juste ce qu'il faut d'ombre. Mais à mesure que je file à travers les paysages désolés, les frêles nuages prennent des formes et des teintes effrayantes. Devant moi, le ciel prend une teinte gris-violacé qui n'augure rien de bon… Au loin, les versants rocheux luisent à la lumière des rayons de plus en plus timides du soleil qui parviennent encore à filtrer, témoignant des précipitations orageuses qui ont déjà commencé à s'abattre vers l'Altiplano. Cette fois-ci c'est sûr, l'orage évité de justesse la semaine précédente va venir me saluer. Salut à toi l'orage…
Ce sont d'abord les grondements lointains du tonnerre qui se font entendre, rapidement relayés par quelques grosses gouttes de pluie qui lorsqu'elles touchent le sol font s'élever la poussière. Et puis d'un coup, vlan !!, le déluge ou quelque chose qui s'en rapproche s'abat sur ma bicyclette et moi. À peine le temps d'être trempé jusqu'aux os que de gros grêlons se mettent à tomber. Carrrrrramba !!!!! En quelques minutes, le paysage devient tout blanc et de part et d'autre de la piste, de furieux torrents se forment, menaçant de déborder sur celle-ci. Je franchis sans trop d'encombres le premier rio grossi par les précipitations sans même quitter ma frêle monture. Le franchissement du second est plus délicat car il me faut mettre pied-à-terre et relever mon pantalon, l'eau atteignant les chevilles. Mais bon, ça passe encore. Je file ensuite sur les longues portions en ligne droite d'un toboggan au revêtement de grêle cachant de vicieuses flaques d'eau et des pierres glissantes, quand basculant au sommet d'une bosse, à quelques deux kilomètres d'Ayo-Ayo…
À quelques centaines de mètres, un effrayant torrent d'eau boueuse barre le chemin. À peine le temps de me demander quoi faire que me voilà nez à nez avec l'animal. Ça sent pas bien bon tout ça. De toutes parts, d'éphémères affluents alimentent la bête qui charrie de petits îlots de grêlons agglomérés. Sur l'autre rive, un automobiliste arrêté se demande bien comment il va passer. Il me fait signe que le niveau de l'eau va baisser aussi subitement qu'il est monté… Mais oualou (vient de l'arabe et signifie "rien"), ça stagne, voire ça continue de monter. Donc après une demi-heure à tergiverser et à lancer des pierres pour sonder le niveau de l'eau et la force du courant, je décide de relever mon pantalon, qui en a vu d'autres au cours des minutes précédentes, au-dessus des genoux pour tenter de traverser. Le bonhomme en face ne semble pas effaré, ça doit donc être jouable. Je me lance. 7 mètres me séparent de la rive opposée à l'endroit où le torrent est le plus large donc le courant le moins fort. J'assure bien chaque pas, les mains en appui sur la bicloune (byciclette) et finalement malgré la température glaciale de l'eau et le courant, ça passe !! Ouf !! Le monsieur à la voiture va devoir patienter encore un peu et moi, avec mon vélo, je passe…
Finalement, après quelques minutes à naviguer sur une piste recouverte d'eau, j'arrive à Ayo-Ayo où je cherche en vain les deux français qui habitent là, histoire de boire un maté brûlant et de partager mes émotions…
Emotions fortes d'un gringuito (petit gringo, terme qui désigne "l'occidental", le "blanc" en Amérique latine)face à un événement somme toute banal dans ces contrées où les habitants ont un seuil de tolérance face aux éléments incomparable au nôtre et une conception du risque très sommaire… Un autochtone aurait-il raconté, vécu la même histoire ??
Après deux heures de bus et minibus, je suis dans la chaleur de ma chambre à La Paz à mater sur l'ordinateur les dernières photos prises dans les villages…
Moralités :
- Ne jamais croire un habitant de l'Altiplano qui vous soutient mordicus que la saison des pluies s'achève avec le Carnaval
- Quoiqu'on en pense au moment du départ, un voyage par voie terrestre en Bolivie peut prendre des tournures complètement inattendues.
Il y a environ deux semaines, Fab, Flo, Seb et Tom (pour faire court…), une bande de joyeux-lascars-copains venus de France sont arrivés à La Paz pour quelques jours à la découverte de cette ville fascinante. Plusieurs fois, ils sont venus me rendre visite au Sol y Luna où je bossais alors, nous avons aussi partagé plusieurs ceviches ensemble. Le ceviche, ce sont des petits morceaux de poisson frais marinés dans du jus de citron assaisonné avec de l'oignon du piment et plein d'autres choses. Comme ça, à froid, c'est pas très excitant mais en fait, comment c'est d'la balle (comprendre "c'est bon")!!! Un midi, Seb à manquer de se faire piquer son sac. On était tranquillement installés à table quand on a vu le chango sauter de sa chaise et cavaler dans la rue ! On l'a suivi en courant jusqu'à un resto situé à quelques dizaines de mètres de là où s'était réfugié le voleur après avoir pris soin de changer de casquette. C'était sans compter sur la perspicacité de Seb qui avait vu le ménage du malfrat et l'aide d'une espèce de vigile-détective-bon-samaritain local, genre Rambo qui immobilisait notre pauvre ami par une clé de bras des plus efficaces. Ce dernier était en fait un complice qui a rapidement appelé le voleur pour lui demander de ramener le sac. Quelques minutes plus tard, le sac avait réapparu et le complice était conduit sous bonne escorte à un fourgon de police. Tout autour, les riverains hurlaient à qui mieux mieux qu'il fallait punir, tuer, torturer le malheureux, qui après avoir pris quelques tapes inamicales sur l'épaule disparaissait dans le 4X4 de la police… Tout était bien qui finissait bien.
Je vous entends hurler au scandale : et les photos alors, et les photos !! Ca vient, c'est pour maintenant, j'vous jure. C'est juste que pour l'histoire de l'orage, j'avais plus de batteries, pourtant, j'ai essayé d'immortaliser ce grand moment et pour le larcin, et ben c'était pas le moment de sortir l'appareil… Et oui, on est paparazzi ou on ne l'est pas !
Mêmes acteurs, autre décor… Un peu après (ou avant, c'est pas si important), on a fait avec les amis une belle descente à vélo (des vrais vélos cette fois, agence, guide et tout le tralalala !!) entre la Cumbre et Coroico, soit entre un col perché à 4700m au-dessus de La Paz et une petite ville tropicale à 1700m d'altitude.

Nous voilà à la Cumbre, respectivement Flo, Zak, Seb, Fab et Tom, quelques minutes avant d'enfiler nos combis high-tech et sans les vélos. Quelques minutes plus tard, ça donne ça…

On est là à près de 4000m, le temps est encore sec quoique d'épais nuages au loin laissent présager d'un changement du temps pas forcément à notre avantage… Ici à La Paz, au moment où j'écris, éclate un violent orage, sons et lumières compris… Qui a dit que la saison des pluies était terminée ?? Ouahh, c'est carrément le déluge là !!
Donc, conditions optimales et bonne dose de bonne humeur. La route, en excellent état nous a permis d'exprimer nos talents d'équilibristes et de travailler notre aérodynamisme.
Au fil de la descente, la végétation se fait de plus en plus dense et le temps de plus en plus humide. La région que nous traversons, les Yungas fait partie des coins les plus humides de la Bolivie et la route que nous dévalons est considérée comme l'une des plus périlleuse de la planète. En effet, de profonds précipices bordent le parcours et de fréquents glissements de terrain dévalent les pentes instables.
Après quelques dizaines de kilomètres, le ruban asphalté laisse aussi place à une piste des plus minables censée permettre le passage des camions et autres autobus. Peu après ces dernières photos, l'ambiance change complètement pour laisser place à ça…

Forêt de nuages, pluie battante, cascades dégringolant sur la route. Malgré les conditions difficiles, et malgré les nombreux problèmes mécaniques auxquels nous avons eu à faire face, ou plutôt auxquels notre guide et notre mécanicien ont eu à faire face, nous cinq sommes heureux d'être là, sur ces versants hostiles et dans cette ambiance surréaliste. Mieux encore, nous en redemandons encore. C'est ainsi que Flo et moi n'avons rien trouvé de mieux à faire que d'aller prendre une douche sous l'une des cascades qui descendent d'on ne sait trop où… À votre santé les amis !!
Enfin, après plusieurs heures de descente, quelques soucis mécaniques, une chute violente de notre guide qui a manqué de se prendre l'un des nombreux chiens traversant nonchalamment la route, nous étions arrivés à bon port, c'est-à-dire à Coroico où nous attendaient une bonne douche chaude (pour ceux qui ont réussi à en avoir une qui fonctionnait…), un copieux repas, une partie de baby-foot et quelques volatiles colorés genre toucans et aras, prisonniers de la terrasse de l'hotel-restaurant où nous nous trouvions. Les pauvres, on leur avait coupé les ailes, juste assez pour qu'il ne puissent pas s'envoler…
Suite à ce périple dans le haut bassin amazonien, j'ai laissé mes compagnons flâner un jour supplémentaire dans les Yungas et suis remonté à La Paz (pas en vélo sinon je serai encore en pleine jungle aujourd'hui…) car le lendemain, il me fallait retourner dans les villages. Pendant mon crochet en ville, j'en ai profité pour, la mort dans l'âme, dire au revoir à Nathalie et Marie, avec qui vous avez pu faire connaissance au cours du premier message. Elles prenaient la direction du Pérou afin de visiter certains sites incontournables du continent comme le lac Titicaca, le Machu Picchu ou bien encore les lignes de Nazca. Elles rentrent normalement ce Samedi.
Le week-end dernier, en Bolivie peut-être plus qu'ailleurs, c'était Carnaval. Comme ici on ne sait pas faire la fête à moitié, je vous laisse imaginer le spectacle grandiose et le joyeux bazar auxquels on a eu droit. Enfin, je vais quand même essayer de vous aider à vous faire une idée de la tournure qu'ont pris les évènements…
Le Carnaval tel que je l'ai vécu s'est déroulé en 3 actes distincts : premier acte à Oruro, deuxième à La Paz et clôture à Isquiliani…
Oruro d'abord. Cette ville située à 3 heures de route de La Paz se singularise 361 jours par an par son dynamisme limité, son climat froid et sec et par son activité minière. Mais pendant 4 jours, le Carnaval prend possession des lieux, attirant des centaines de milliers de spectateurs et des milliers de danseurs et musiciens.
Avec Florin, nous y avons débarqué vers 7h30 du matin, et malgré la courte nuit passée entre une peña paceñane et un bus où était diffusée une musique des plus pénibles, nous étions prêts à profiter à fond des évènements. Très vite, nous avons fait la rencontre de deux employés de la COMIBOL, la puissante entreprise minière du pays, Iban et Felix. Ils nous ont invité à prendre place dans les gradins pour admirer l'un des défilés de danses et musiques folkloriques boliviennes les plus extraordinaires qui soient. Très vite, ils nous ont offert des coups que nous avons acceptés malgré nos bonnes résolutions du matin même… Qui mieux que des mineurs d'Oruro pouvaient nous servir de guides dans cette cité à forte tradition minière ?
Les premières académies que nous avons pu admirer dansaient et jouaient la Morenada. Ça donnait à peu près ça…

Mises à part la beauté du spectacle et la grâce des danseuses, je resterai plus réservé concernant leurs homologues masculins bien qu'il faille leur tirer un grand coup de chapeau (à plumes !!), ce qui fait plaisir à voir c'est l'engouement total de toute une ville, tout un pays, tout un peuple pour cette fête. Il suffit de regarder le public qui montre toute la diversité de la Bolivie, depuis les campesinos du coin jusqu'à la jeunesse dorée de la Zona Sur de La Paz, en passant par les cochabambinos et les crucenos ayant fait spécialement le déplacement, en passant par les touristes curieux…
Suivant nos 2 guides, nous sommes ensuite montés jusqu'à l'église de la Virgen del Socavon (la Vierge de la Galerie) où nous avons fait quelques offrandes au Tio, le Diable malveillant de la mine, vénéré par tous ceux qui travaillent dans les entrailles de cette terre " bénite ".
En fait, le parcours des danseurs et musiciens s'apparente à une longue procession à travers les rues de la ville menant justement à la Virgen del Socavon, sur les hauteurs, devant laquelle ils se prosternent.
L'une des danses que j'ai le plus appréciées est la Toba, venue des basses terres boliviennes (région du Chaco).

Les costumes Tobas, colorés et agrémentés d'immenses plumes ainsi que les chorégraphies, quoique simples, sont magnifiques…
Il y aurait encore tant à dire et à montrer sur le Carnaval d'Oruro mais j'en garde un peu pour mon retour.
Imaginez quelques centaines de danseurs devant, pareil derrière et clotûrant le passage de l'académie, des dizaines de musiciens assurant le fond sonor, à grands renforts de cuivres.
En marge du cortège, dans toutes les rues de la ville, tous les visiteurs s'adonnent à de furieuses batailles de bombes à eau et d'une espèce de mousse non toxique, au goût légèrement sucré. Et oui, j'ai même eu le privilège de la goûter…
Histoire de prendre la température, nous avons quitté Oruro pour continuer la fête à La Paz.
Le deuxième acte de notre Carnaval se déroulerait donc dans la capitale des Collas. Malgré un beau défilé folklorique, l'intérêt de ce volet paceñien repose surtout sur la guerre civile pacifique qui a lieu dans toutes les rues de la ville et les challas dans toutes les boutiques et échoppes. " Challar ", c'est bénir en arrosant d'alcool les lieux qui sont chers à leurs occupants ou propriétaires. Sans oublier de s'en mettre plein le gosier. Du coup, le soir, une odeur écoeurante de beuverie embaume un peu partout.
Avec le Flo, nous prenons place en ce Dimanche midi sur les tribunes de la Plaza San Fransisco dans le centre ville pour voir un bout de défilé… Là, dès notre arrivée, nous sommes victimes de dizaines de jets de bombes à eaux auxquels nous répliquons sans ménagement !! Juste devant nous, un parterre de fleurs dont il ne reste qu'une boue stérile nous rend très vulnérables aux attaques ennemies. Ces derniers ne se privent pas de le viser histoire non seulement de nous éclabousser d'eau mais aussi de fragments terreux de dont nous sommes vite maculés…
Aux passages des académies, des trêves s'installe, histoire de laisser les artistes s'exprimer. Cette règle tacite visant à les épargner se justifie complètement : le parcours du défilé faisant plusieurs kilomètres de long et étant jalonné de milliers de furieux, il faut imaginer dans quel triste état les artistes arriveraient au terme de ce long chemin de croix si la bataille se poursuivait…
Prenant notre mal en patience, nous profitons de ces pauses pour nous ravitailler en munitions. C'est sans compter sur la lâcheté de certains qui n'hésitent pas à nous alpaguer, parfois très violemment.
Après cette rude guérilla urbaine, nous décidons de prendre un peu de recul jusqu'au soir, que nous mettons à profit pour aller danser un coup, dans une atmosphère beaucoup plus calme et feutrée…
Là, je fatigue un peu… Lo siento amigos y amigas.
En vrac, j'ai aussi laissé tomber le boulot au Sol y Luna. Ça me plaisait beaucoup mais c'était malheureusement trop chichement payé. Pour vous faire une idée, pourboires compris et pour neuf heures de travail, la solde s'élevait à peine à 36 bolos, soient 4 bolos de l'heure qui font tenez-vous bien… 0,4 euros. Dans les autres cafés équivalents, les serveurs sont payés le double. J'ai par contre gardé d'excellents contacts avec les collègues.
Zaki Benelhadj
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